Police milice…

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Atelier avec des membres de l’ACAT

image001Samedi après-midi, j’ai participé en tant qu’intervenant à une rencontre/atelier avec des membres de l’ACAT autour de la question de l’utilisation de l’art pour faire passer un message politique. L’échange a été riche et profond ! Un grand merci à Estelle et au reste de l’équipe.

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Saturday afternoon, I participated as an intervenor in a meeting / workshop with members of ACAT around the question of the use of art for passing a political message. The exchange was rich and deep! A big thank you to Estelle and the rest of the team.

Pourquoi j’ai voté José Jover !

« Le meilleur moyen de prévoir le futur, c’est de le créer »
Peter Drucker

Je viens de voter pour José Jover, Farid Boudjellal et Edmond Baudoin lors de ce premier tour du 43e grand prix du FIBD.

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Pourquoi expliquer un choix qui, au demeurant, est personnel et secret ? Le contexte de ce vote qui frôle le ridicule, et la polémique qui a devancé celui-ci, m’oblige à m’exprimer en dehors des réseaux sociaux. Tout a commencé par un « grand coup de gueule » justifié de nos collègues auteures lorsque la liste des candidats a été publiée par l’équipe qui dirige le FIBD (festival international de bande dessinée) : je précise que c’est une entreprise de droit privé qui gère un événement recevant essentiellement des subventions publiques, où les éditeurs payent tout sans parler du prix d’entrée prohibitif pour déambuler dans un supermarché de la BD. Dans une sorte de conciliabule, sans transparence aucune (comme la gestion du festival), une liste sort de leur chapeau. Celle-ci est composée uniquement d’auteurs hommes comportant des noms qui reviennent chaque année comme si à l’usure nous finirions par leur accorder notre voix. Pas une femme dans cette fichue liste ! Oui, ce conciliabule, loin des réalités de notre métier, pense qu’aucune de nos collègues féminines ne peut prétendre à ce titre. La réaction de ces dernières que je comprends ne se fait pas attendre : elle est claire et efficace puisque cet affront devient vite un sujet de discussion puis LE sujet de discussion sur les réseaux et dans quelques médias. Il ne faut pas perdre de vue qu’au même moment, l’IRCEC (organisme gérant les caisses de retraite des auteurs) menaçait d’envoyer des huissiers aux auteurs n’ayant pas encore payé leur annuité de retraite complémentaire ; mais là, c’est un sujet qui n’intéresse personne et surtout pas les médias.

La polémique a éclaté finalement au grand jour lorsque un des auteurs sélectionnés a commencé à « jouer la même partition » que ce collectif d’auteures ayant de justes revendications. Aurait-il agi de la sorte sans ce scandale ? Je ne pense pas… Dans la France d’aujourd’hui le non respect de la parité et la discrimination des « Français de seconde zone » sont devenus des pratiques normales. Le monde de la BD n’est pas plus à l’abri que d’autres secteurs d’activité. Les médias nationaux se sont emparés du sujet car porteur en terme d’audimat : femme, discrimination, égalité… Comme le dit fort justement Julie Maroh, l’angle d’attaque des grands médias est assez ambigu puisqu’il a abordé ce problème à travers les positions des auteurs qui se sont désistés pour des femmes.

Il y a donc un incendie dans la « maison FIBD » mais le pyromane/pompier ne s’est pas encore exprimé pour le moment… Le directeur du festival a fini par se déplacer sur Canal+ pour nous tenir un discours édifiant et surtout très loin des préoccupations des auteures et, plus généralement, de notre profession… Pathétique !

C’est surtout le constat que les auteur(e)s n’ont aucun moyen de se faire entendre lorsqu’ils portent des revendications : il faut faire du bruit pour que ce ou ces messieurs daignent répondre à la télévision, marquant ainsi la différence qui existe entre nos deux mondes. Le FIBD devrait être un outil au service des auteurs mais en réalité, il sert aux très gros éditeurs et à certains auteurs cooptés. Nous sommes véritablement dans un rapport de force frontal depuis des années déjà.

Ce n’est qu’à cet instant que j’interviens dans le débat ! J’ai décidé de publier mon point de vue sur cette affaire qui me concernait en tant que scénariste. J’ai choisi de le faire dans un groupe de discussion facebook regroupant des auteur(e)s. A ma grande stupéfaction, je me suis retrouvé au tribunal de la bien-pensance pour avoir osé affirmer que le vrai combat était d’abord celui de notre statut et de la possibilité de vivre décemment de notre art. Ubu roi sort de ce corps ! La réaction a été immédiate. Durant cette matinée, je me suis retrouvé accusé de misogynie, qualifié de réactionnaire, d’avoir peut-être dit des choses que je ne pensais pas vraiment (traite-moi de débile aussi !), de raciste (d’une manière assez alambiquée) et pour finir une auteure s’est mise à m’insulter sous des « j’aime » mesquins de quelques auteurs profiteurs de ce système moribond où les plus faibles sont laminés. Quel a été mon tort ? J’ai parlé de lutte des classes et j’ai affirmé la chose dans les termes suivants :

« Le VRAI problème n’est pas homme ou femme MAIS la possibilité de vivre de son travail d’auteur que l’on soit homme ou femme ou autre ! Donc ce débat (au demeurant important) n’est que secondaire et va occulter l’aggravation de la situation des auteurs ! »

Je m’attendais à des réactions vives, une vraie discussion car je respecte la position de mes collègues femmes.  Je n’imaginais pas que le tribunal de l’inquisition se mettrait en branle de la sorte et que les seuls arguments qui viendraient apporter la contradiction à mon propos seraient de l’ordre de l’affect et de l’invective. Ou alors le concept de lutte des classes est devenu une insulte, voire même une pensée interdite dans notre monde idéal ! J’ai finalement décidé de supprimer la discussion et de la reprendre avec d’autres auteur(e)s en aparté : il m’a semblé évident que celles qui m’ont condamné sans procès avaient un problème de lexique et ne comprenaient pas la signification de « lutte des classes ». Mon propos a peut-être été mal compris et j’aurais volontiers précisé le fond de ma pensée mais après de telles réactions primaires, la discussion n’avait plus de raison d’être. Je ne pense pas que ce combat féministe soit une erreur ou une perte de temps. Au contraire, c’est une lutte qu’il faut mener au nom de la dignité et du respect des autres. Louise Michel était une femme de grand talent, une véritable féministe (son rôle historique et politique m’inspire beaucoup)… Elle a combattu les classes dominantes de son époque car elle savait bien que c’était l’un des moyens de réduire les inégalités qui touchaient le plus souvent les femmes. En 2016, la situation s’est améliorée pour les femmes mais les inégalités perdurent toujours et pour mieux les combattre il faut réduire celles-ci en premier lieu.

Le monde de la BD vit à deux vitesses… Il y a une grande majorité d’auteurs qui vivent une réalité violente de leur métier et d’autres qui pensent que nous devons nous battre pour que ce système vérolé perdure car ils en profitent encore. Hélas, je pense que ce système de fonctionnement est bel et bien mort et que nous devons penser à un nouveau paradigme… C’est une des raisons qui me poussaient à croire que ce combat n’était qu’un leurre, un os à ronger au moment où l’État nous affaiblissait encore plus. Combien de femmes éditeurs ? Combien de femmes à la tête d’institutions culturelles de dimension nationale ? Quasiment aucune car nous vivons dans un monde régit par les rapports de classe (masculin et blanc en majorité). Il suffit d’imaginer qu’en Iran il y a plus de femmes à l’assemblée nationale qu’en France… On marche sur la tête !

J’avais donc lancé cette discussion pour avoir un échange et je me suis fait écharper par des auteur(e)s tandis que certains semblaient penser que le problème n’était pas là… Pour le coup, je les laisse se prendre une bonne claque ! Le tableau n’est pas si sombre, certains auteurs ont compris depuis longtemps la gravité de la situation et sont déjà sur d’autres pistes : autoédition, regroupement, maison d’édition plus souple, etc…

Mais revenons à ce vote… Nous étions dans l’insulte faite à l’intelligence en ne nommant aucune femme pour passer à la grande mascarade avec de nombreux désistements (de peur de passer pour misogyne) et enfin finir par la possibilité de voter pour n’importe qui : le grand prix est mort !

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C’est à ce moment précis que l’idée de créer un comité pour soutenir la candidature de José Jover m’est apparu comme une évidence. En effet, nous pouvions enfin choisir démocratiquement un auteur représentant notre façon d’envisager le métier et ayant une carrière bien entamée par ailleurs. C’était aussi une manière de répondre à cette grande farce par l’humour absurde. Autrefois le grand prix était attribué par les anciens lauréats (aristocratie) puis un changement s’est opéré avec le vote de la profession pour une liste de choix sans réel critère objectif (ploutocratie) et pour finir, en 2016, avec la possibilité de choisir un auteur à l’exception des précédents lauréats. Là encore, une nouvelle polémique surgit, montrant à quel point ce débat est navrant tout comme l’équipe qui dirige le FIBD. Était-ce un leurre ? J’en suis encore plus convaincu !

Toutefois, mon soutien (ainsi que celui d’autres auteur(e)s et ami(e)s) pour la candidature de José Jover mais aussi Farid Boudjellal et Edmond Baudoin répond à une véritable envie de changement politique du FIBD et de reconnaissance pour une manière de vivre la BD loin du « salon Mercure » et autres endroits feutrés de la ville d’Angoulême.

Pourquoi ce choix ?

José Jover est avant tout un auteur qui a commencé dans les années 80 comme dessinateur de BD dans de nombreuses revues puis chez des éditeurs comme Glénat. En 1999, il choisit de monter sa structure éditoriale pour continuer de faire ses albums militants et travailler sans compromission. Farid et Edmond ont participé à cette aventure… Il a également lancé de jeunes auteurs comme Vinz el Tabanas et d’autres encore ont signé des séries chez Soleil après avoir suivi ses cours de BD. En tant qu’auteur, il a sorti des albums et plus de 250 publications avec le milieu scolaire et les publics marginaux. En 2010, j’ai rejoint sa maison d’édition pour ne plus participer à la grande mascarade dans laquelle nous étions : un choix de liberté que j’assume.

Tartamudo s’est métamorphosée ces dernières années et cela a été possible parce que José Jover est un auteur avant tout qui aime les livres et la BD. Il a accepté de transformer sa maison d’édition classique en structure collective où le but premier est de réaliser de beaux ouvrages. C’est un combat de tous les jours !

Pour toutes ces raisons, j’ai voté José Jover car c’est un professionnel qui a une belle carrière et a joué un rôle dans la diffusion de la BD dans les classes les plus défavorisées, auprès des jeunes et, en général, auprès de toutes les personnes qui ont pu le croiser en salon. Il aime son métier et se bat tous les jours pour proposer un autre modèle que celui des structures qui ne considèrent les auteurs que comme de la main d’œuvre (homme ou femme). Il mérite d’être président tout autant qu’un autre auteur de sa génération.

Toute cette campagne est finalement partie d’un constat simple : il faut témoigner qu’une autre manière de faire est possible !


A voir également le cri d’alerte que j’avais lancé en 2012 sur Mediapart puis le débat qui s’en était suivi sur ActuBD. Quatre ans plus tard, rien n’a changé… La situation s’est même dégradée pour bon nombre d’auteur(e)s.

La page officielle sur facebook : Comité de soutien pour la présidence de José Jover au 43e FIBD

Tarek soutient l’ONG Projets Plus Actions

Les deux statuettes (Boccio et Hippo) sont des symboles de protection : ce sont des pièces originales faites à la main au Bénin.

Newarty’s reversera l’intégralité de cette vente à l’ONG Projets Plus Actions qui s’engage auprès d’acteurs locaux Africains pour le développement durable des peuples et de la nature.
Newarty'sThe two statuettes (Boccio and Hippo) are symbols of protection: they are original pieces handmade in Benin.

Newarty‘s will donate all of this sale to the NGO Projets Plus Actions that engages with African local actors for the sustainable development of peoples and nature.

More on : www.projetsplusactions.org

Une dédicace de Cabu

Je voulais partager cette dédicace de Cabu avec vous. Nous étions dans une librairie à Angoulême pour y signer nos ouvrages respectifs… C’était mon voisin et il était drôle et fin… Lors de notre discussion, je lui ai parlé des contrôles au faciès et autres abus de la police que j’avais eu à subir ou constater auprès d’amis… Au moment de lui demander une dédicace sur un de ses livres, il me dessine en train de choper télé-sarko… Bref, un grand moment.
cabuI wanted to share this drawing of Cabu (French drawer) with you. We were in a bookstore in the comiccon of Angoulême, where they signed our respective works … It was my neighbor and he was funny and ending … During our discussion, I told him about the controls on appearance and other abuses of police that I had had to suffer or see from friends when requesting a dedication on one of his books, he draws me being busted Sarkozy … In short, a great time.

Conférence sur la guerre 14-18

Conférence sur TurcosLundi et mardi, je serai dans l’Isère pour y rencontrer des collégiens et des lycéens autour de ma bande dessinée Turcos. Le mardi à 18 heures, je participerai à une rencontre avec le public dans la médiathèque de l’Isle d’Abeau.

Réné Vautier s’en est allé…

C’est avec une grande tristesse que j’ai appris la disparition de ce grand monsieur.

René Vautier était un grand humaniste, un homme pour qui la liberté n’était pas qu’un vain mot mais avant tout un combat permanent, un combat de tous les jours. Il a su utiliser son regard critique et juste pour mener les vrais combats de son siècle mais aussi ceux de ce siècle qui a commencé par une déshumanisation accélérée des rapports sociaux dans la plupart des pays du monde.

C’était aussi un homme drôle avec qui j’avais passé un long week end lors du second festival de la bande dessinée engagée, à Cholet. Il était venu défendre une BD intitulée Un homme est mort qu’il avait scénarisé mais aussi débattre autour de son film Afrique 50. Nous avions longuement parlé de l’Afrique et du Maghreb, de la Bretagne où je venais tout juste de m’installer…

Kenavo René !

Tarek et René VautierIt is with great sadness that I learned of the death of this great man.

René Vautier was a great humanist, a man for whom freedom was not an empty word, but above all a permanent struggle, a struggle everyday. He knew how to use his critical view to carry out the real fights of his age but also in this century that began with an accelerated dehumanization of social relations in most of the countries of the world.

It was also a funny man with whom I had spent a long weekend at the second festival of comics book engaged in Cholet (France). He had come to defend a comic book entitled « A man died » that he had written the script but also debating around its movie Afrique 50. We talked at length about Africa and the Maghreb, Brittany, where I had just settle …

Kenavo René!

Soirée à la salle de vente Fauve pour la Croix rouge

Fauve croix rouge

En juin, j’ai participé à une séance de dédicaces à la salle des ventes Fauve à Paris juste avant les enchères pour la Croix-Rouge Française. J’étais en compagnie de Nemi, Lazoo et de la photographe Férial.

Gregos et FKDL ont décoré l’un des murs de Fauve Paris.

J’ai fait don de ma toile à la Croix-rouge à Paris. J’espère que celle-ci donnera de la force aux nombreux bénévoles qui font tourner cette belle organisation.

In June, I took part in a book signing at the auction Fauve Paris just before the auction for the French Red Cross. I was with Nemi, Lazoo and photographer Ferial.

Gregos and FKDL decorated the walls of a Paris Fauve.

I‘ve donated my canvas to the Red Cross in Paris. I hope it will give strength to the many volunteers who run this fine organization.

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Le soir de la vente aux enchères…

On the evening of the auction

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Rencontre et vente aux enchères pour la Croix-Rouge

Croix RougeFauveParis et l’unité locale de la Croix-Rouge française du 9e arrondissement de Paris organisent le 26 juin 2014 une vente aux enchères d’artistes issus du street art au profit de l’association, qui fête cette année ses 150 ans.


La vente sera précédée d’une semaine de performances et de rencontres avec les artistes.
Croix Rouge Croix RougeÀ ne pas manquer !

L’avenir de la BD est au bout de nos crayons !

Ateliers BD

En 2012, j’avais écrit un court article sur Médiapart à propos de notre métier qui me semblait de plus en plus menacé par les dérives de la financiarisation de la culture et les pratiques prédatrices du capitalisme le plus sauvage et le plus opposé à la création… Je pensais également que nous étions en train de changer de paradigme sociétal et que la crise n’était qu’une conséquence de ce terrible bouleversement et non une cause. J’en suis encore plus convaincu aujourd’hui !

Cet article, somme toute anodin, avait suscité un débat virulent sur actuaBD juste après sa publication par son rédacteur en chef qui avait qualifié mes propos posés et réfléchis de « vocifération » : mépris de certains éditeurs « masqués » qui répondaient en donnant des arguments fallacieux, de certains pseudo-journalistes qui, s’étant auto-érigés spécialistes du 9e art parce qu’il n’y a aucun média professionnel dans notre domaine, expliquaient que ce que nous étions en train de vivre n’était pas la réalité de tous les auteurs… Bref, de nombreuses critiques assez farfelues MAIS je dois avouer que j’ai surtout reçu une avalanche de témoignages par mail de la part de nombreux collègues jeunes et moins jeunes tout comme des libraires et des agences d’illustrateurs qui confirmaient mes craintes.

Tout cela pour dire que ce constat amer que je faisais à l’époque n’a fait que se vérifier ces derniers mois, puisque des collègues (Bonnifay, Maïorana et d’autres moins connus qui ont jeté l’éponge dans l’indifférence la plus totale) annoncent mettre un terme à leur carrière ou encore publient des lettres ouvertes enflammées, comme celle d’Eric Wantiez ou d’Olivier Peru. La réforme que le RAAP souhaite nous imposer d’une manière autoritaire n’a fait que créer un électrochoc dans notre profession et l’immense majorité des auteurs s’est enfin unie pour dire NON. En deux ans, la TVA des auteurs est passée à 10% (celle des éditeurs est restée à 5,5%), les taxes indirectes et la baisse du pouvoir d’achat dans notre pays se sont accrues alors que les revenus des auteurs n’ont pas évolué depuis vingt ans. Les aides publiques, les bourses et les subventions supprimées dans le secteur du livre ont fragilisé toutes les personnes qui font réellement vivre le livre dans sa diversité : les bibliothèques, les auteurs, les petits salons, les ateliers de lecture, etc… Tout cela pour rembourser une dette que nous devrions rediscuter tant elle est devenue ubuesque !

J’ai eu la chance de connaître le monde de l’édition très tôt, à l’âge de 18 ans lorsque j’ai sorti mon premier livre (Paris Tonkar). Pour le coup, en 1999, quand j’ai signé mon premier contrat avec les éditions Vents d’Ouest, je connaissais la chanson et ne considérais pas ma relation avec l’éditeur comme celle d’un salarié avec son patron et encore moins celle d’un auteur « Vents d’Ouest » qui devait défendre une chapelle… Très vite, j’ai exprimé mes doutes sur la manière de fonctionner et de mettre en valeur notre travail… Je n’ai pas insisté car je préférais concentrer mes efforts sur mes albums et l’apprentissage de ce métier.

Dès l’origine, je suis donc sceptique et les années qui vont suivre ne vont pas arranger les choses. Pour le coup, j’ai travaillé avec de nombreuses structures éditoriales, grandes et petites, avec des éditeurs très différents et de nombreux auteurs. Mon expérience est donc le fruit de plusieurs parcours avec des rencontres et des réalités souvent antagonistes. En 2009, je décide d’arrêter de cautionner cette mascarade et ce jeu de faux-semblant avec l’éditeur avec qui je travaillais à l’époque. Je termine mes séries en cours mais s’impose naturellement mon choix de faire de la bande dessinée autrement tout en y associant mes « vies artistiques » parallèles.

En outre, je constate que notre milieu commence à se comporter de plus en plus ouvertement comme les pires entreprises du capitalisme financier (c’était moins le cas avant lorsque le nombre des maisons d’édition BD de grand taille était plus conséquent). La cavalerie remplace la création et la prise de risque, la presse généraliste nous ignore ou nous fait passer pour des passionnés et des enfants gâtés, les importations représentent près de la moitié du marché (est-ce le cas au Japon et aux Etats-Unis ?), le terme « BD » est constamment utilisé pour dénigrer une autre forme d’art… Bref, je réalise que nous sommes considérés par le monde médiatique et ceux qui sont censés nous défendre comme des « nuisibles », des « médiocres » et rarement comme des auteurs. Mais dans la réalité (la vraie vie que nous connaissons mieux que personne car tous les auteurs passent de nombreux jours par an en salons ou en ateliers), celle des écoles, des librairies spécialisées, des salons organisés par des acteurs locaux, des bibliothèques et de l’immense majorité des lectrices et lecteurs, nous apportons du rêve, de la joie, de la réflexion (n’en déplaise à nos détracteurs pseudo philosophes étatiques) et l’envie de lire. Mes collègues sont dans leur immense majorité des personnes qui aiment leur métier et le faire partager. C’est certainement pour cette raison que j’ai continué à écrire des scenarii et choisi de défendre la bande dessinée ! Les auteurs de BD sont les seuls travailleurs en France (oui, les seuls !) à donner de leur temps sans compter tout au long de l’année… Ils sont un maillon essentiel dans la politique du livre. Avez-vous déjà rencontré un boulanger, un cadre ou un salarié travailler une trentaine de jours par an sans contrepartie pécuniaire ? JAMAIS !

Et pourtant, c’est le lot de la plupart de mes confrères qui ont choisi cette vie. Je les croise depuis 15 ans dans les salons et, d’années en années, j’ai vu leur flamme intérieure devenir de moins en moins étincelante, non pas à cause du public mais à cause de leurs conditions de travail qui se sont fortement dégradées.

Le SNAC ainsi que les collègues qui donnent de leur temps pour défendre nos intérêts (et ceux du livre en général donc la liberté dans notre pays) ont tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises : à propos du livre numérique, du nouveau contrat d’édition… Depuis qu’ils sont apparus dans cet univers impitoyable où les auteurs, seuls créateurs de la richesse, sont les moins bien lotis, les autres acteurs du marché ont commencé à montrer leur véritable visage, pas très reluisant le plus souvent…

Il fallait que cela explose un jour.
Ce jour est arrivé.

Deux ans plus tard, mes craintes sont hélas devenues réalité pour notre profession. J’en suis profondément désolé et j’espère que la prise de conscience suscitée par le SNAC (grâce au remarquable engagement de certains auteurs dans le syndicat) et les attaques de plus en plus violentes de ce système capitaliste-financier à visage inhumain, qui arrange bien les éditeurs faisant mine de nous soutenir (encore faudrait-il que le capitalisme soit le meilleur modèle pour le savoir et la connaissance, mais c’est là un autre débat) réveilleront les consciences des derniers auteurs en proie au doute ou pire encore de ceux qui pensent pouvoir s’en sortir en jouant une partition solo.

Nous vivons une situation étrange puisque nous créons la richesse mais dans le processus économique nous gagnons le moins et nous devons subir de plus en plus la crise pour permettre à certains de se payer des hôtels particuliers, d’avoir des comptes off-shore, et j’en passe…

La bande dessinée traverse donc une crise sans précédent qui risque de modifier son paysage de manière irréversible ! Nous vivons un moment historique puisqu’il nous est possible de nous regrouper entre auteurs pour monter des structures viables artistiquement, humainement et économiquement.
C’est mon choix depuis 5 ans avec d’autres collègues au sein des éditions Tartamudo qui sont gérées par des auteurs et pour des auteurs. Est-ce un choix facile ? L’avenir nous le dira, mais pour le moment il répond largement à mes envies d’auteur. Je n’ai plus la patience, ni l’envie de perdre du temps avec des imbéciles et des incultes qui jugent notre travail à l’aune d’un tableur excel et ne possèdent pas plus de 1000 mots dans leur champ lexical. L’attente de la réponse aux projets proposés s’allonge, quand ces messieurs daignent répondre, au point que certains auraient pu terminer leur bande dessinée avant de recevoir une réponse négative. Il serait opportun de leur envoyer des dictionnaires et des compilations d’auteurs classiques pour qu’ils se remettent à penser avec leur cerveau et non leurs tableaux de chiffres.

L’avenir est incertain mais les auteurs peuvent changer le cours de leur HISTOIRE.
Soyons positifs !

Audincourt BD