Le thème du masque et des figures totémiques constitue l’un des fondements de l’univers artistique de Tarek. Depuis plus de quinze ans, l’artiste explore, à travers la peinture, la bande dessinée et le muralisme, les notions d’identité, de transformation, d’être et de paraître. Le masque y occupe une place centrale : il révèle autant qu’il dissimule, protège autant qu’il transforme. Symbole universel, il interroge les multiples facettes de l’identité humaine, les rôles que chacun endosse, ainsi que les frontières parfois floues entre apparence et réalité.

Cette recherche prend une dimension nouvelle lors de son séjour au Cameroun en 2017, où il réalise plusieurs fresques murales dans des écoles sous l’égide du ministère du Tourisme et partage son expérience avec des artistes locaux. Cette immersion au cœur des cultures traditionnelles de ce pays lui permet également de découvrir et d’acquérir des masques rares, notamment auprès de communautés pygmées, ainsi que des pièces exceptionnelles issues de traditions syncrétiques, où les croyances locales dialoguent avec les influences chrétiennes introduites au fil de l’histoire. Ces objets, porteurs de mémoire, de spiritualité et de récits collectifs, marquent profondément son imaginaire et nourrissent durablement son travail.

Cette fascination pour les figures totémiques ne se limite pas à la peinture de chevalet. Au fil des années, Tarek a transposé cet univers dans l’espace public à travers de nombreuses fresques monumentales. Des totems peints ont ainsi vu le jour à Brooklyn, aux États-Unis, à Kribi au Cameroun, ainsi que dans de nombreuses villes françaises. Son travail mural s’est également déployé en Allemagne, notamment à Berlin et à Hambourg, où ces figures protectrices et symboliques dialoguent avec l’architecture urbaine et l’histoire tragique de ces deux villes. Ces interventions à grande échelle constituent un prolongement naturel de sa recherche artistique et témoignent de sa volonté d’inscrire ces formes universelles dans des contextes contemporains.

De retour en France, Tarek entreprend de réinterpréter certains des masques collectés au cours de ses voyages en intervenant directement sur ces objets authentiques. Il réalise également plusieurs œuvres sur ardoise, dont la matière brute et minérale renforce la dimension spirituelle et intemporelle de son univers. Cette recherche autour du masque donne lieu à plusieurs expositions, dont Lifting the Veil, présentée en 2019 au Théâtre Royal de Marrakech, où l’artiste dévoile une série de vingt masques peints. Ces différentes explorations donnent également naissance à la série Masque(s), exposée notamment à la galerie Philippe Gelot et à la galerie Kvasnevski à Paris. Avec Totemik, il pousse aujourd’hui cette réflexion à son accomplissement le plus complet.

Les œuvres de cette série déploient un univers peuplé de créatures hybrides, à la frontière du réel et de l’imaginaire. Construits à partir de formes parfois géométriques et de couleurs vibrantes où dominent les rouges, les verts et les bleus, ces êtres totémiques semblent émerger d’un temps immémorial. Figures animales, gardiens énigmatiques et présences spirituelles évoluent dans des paysages stylisés où la nature devient le théâtre d’une connexion profonde entre les mondes visible et invisible.

À travers ces compositions dynamiques, Tarek instaure un dialogue entre abstraction contemporaine et héritages culturels. Les personnages, les arbres et les éléments naturels deviennent les vecteurs d’une mémoire collective où se croisent traditions, récits mythologiques et visions personnelles. Chaque œuvre agit comme un totem contemporain, porteur d’énergie, de protection et de transmission.

Engagé depuis de nombreuses années aux côtés de l’ONG Humy, qui œuvre principalement dans les domaines de l’éducation et du développement en Afrique, Tarek inscrit également sa démarche artistique dans une dimension humaine et solidaire. Plusieurs collectionneurs soutenant les actions de l’association ont acquis des œuvres de cette série, créant ainsi un lien naturel entre création artistique, transmission culturelle et engagement de terrain.

Présentes dans des collections privées à travers le monde, les œuvres de la série Totemik témoignent d’un rayonnement international remarquable. Elles sont aujourd’hui conservées en Afrique, notamment en Tunisie, au Maroc et au Cameroun ; en Asie, au Japon, en Corée du Sud, en Palestine, à Dubaï, en Arabie saoudite, à Abu Dhabi et à Singapour ; sur le continent américain, aux États-Unis — de New York à Chicago, Miami, Las Vegas ou Los Angeles — mais également au Canada, au Brésil, au Mexique et en Guyane ; enfin en Europe, où elles figurent dans de nombreuses collections en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Andorre, en Angleterre, en Italie, en Espagne, à Ibiza, en Grèce, au Portugal, en République tchèque, au Luxembourg, en Serbie, en Crète, en Écosse, aux Pays-Bas et à Mykonos.

Cette présence sur plusieurs continents souligne la portée universelle de l’œuvre de Tarek et la capacité de son langage visuel à résonner auprès de collectionneurs issus de cultures et d’horizons très divers. Véritable synthèse de plus de quinze années de recherche artistique, Totemik occupe une place majeure dans son parcours. La série rassemble ses réflexions sur l’identité, son intérêt pour les cultures du monde, son expérience du muralisme, son travail autour du masque et sa fascination pour les symboles universels. Elle marque l’aboutissement d’une démarche où mémoire, spiritualité, imaginaire et création contemporaine se rencontrent dans un dialogue à la fois intime et universel.